L'oeil est à l'oeuvre chez Catherine Dhomps, comme il l'est chez tous les peintres, quand ils ne sont pas niais, lors même qu'on les rattache à la tradition des naïfs. Peindre, c'est d'abord voir, se voir voir, voir qui voit voir, et toujours creuser la question du château des regards croisés. Catherine Dhomps s'y emploie. Son oeuvre est donc à voir, voire à vivre.

 

Les personnages de ses tableaux s'épient les uns les autres. Ce sont messieurs qui lorgnent dans l'eau force naïades point naïves. Ce sont peintres qui contemplent la ville chacun selon leur art et qui se guettent. Ce sont messieurs-dames à la brocante qui traquent du regard maints possibles trésors. A nous, spectateurs, de voir ces gens voir, se voir de travers, jusqu'à la confusion, comique souvent, parfois troublante, excitante pour l'esprit. A nous aussi de nous voir vus, nus ou pas, depuis le cirque de leurs yeux.

 

Qui est vu voit. Qui y voit, vit, va , veut, se vêt en vrac ou en ville ou dans son potager, journal en main, avec madame, qui tricote ou rêve. Catherine Dhomps attrape tout, même les artichauts, ou les ballons, et ne laisse pas traîner d'ombres. L'énigme est en pleine lumière, sous les yeux, fascinante et drôle, comme un secret de la Licorne, qu'il ne faut pas chercher loin, car il éclate ici.

 

Les bandes dessinées, volontiers de tradition belge, ont nourri l'oeil et la palette de Catherine Dhomps, mais elle crée des tableaux, non des bandes. Elle propose des instants à leur point exact d'étrangeté tendre. Suite et passé sont à imaginer.

 

Ses passants peints, d'où viennnent-ils, où vont-ils ? On l'ignore, tout en le sachant, mais de biais : ils vont et viennent des oeuvres vers nous, et sont nous, comme nous sommes eux, avec nos songes. Là est le plaisir.

 

Ces histoires sans paroles ne manquent pas de textes, puisque en bien des tableaux, comme en la vie, des écritures apparaissent. Bouts de journaux, affiches, panneaux de rues, placards. Partout du lu. Partout ça parle. Les mots sont dans la peinture, en abyme, donnés à voir, mais les tableaux et leurs personnages ne parlent pas. Les toiles trament du silence. Le chien noir près d'une grosse dame n'aboie pas. Les peintures qui les environnent restent muettes. Dès lors, les mots écrits peints, ceux des affiches peintes ou des journaux peints, prêtent à rire. Les journaux, possiblement riches en récits tragiques, sont drôles quand un gros monsieur les lit dans un potager de Catherine Dhomps. Et toute écriture sur cette peinture est aussi en danger d'être, par elle, mise en abyme d'un coup de pinceau et d'oeil ravissant.

 

Yves LE PESTIPON

 

 

 

Catherine Dhomps